Plaidoyer

Vers une loi française qui ne criminalise plus notre lien au vivant.

Les plantes et champignons enthéogènes accompagnent les êtres humains depuis des millénaires. Aujourd'hui en France, les cultiver, les détenir ou les consommer peut entraîner un casier judiciaire. Nous pensons que cela doit changer — et que ce changement commence par une conversation publique honnête.

Pourquoi c'est important

Une loi qui crée le danger qu'elle prétend prévenir

La France classe la psilocybine, le DMT, la mescaline et l'ibogaïne comme stupéfiants — la catégorie légale la plus restrictive, aux côtés de l'héroïne et de la cocaïne. Aucune voie thérapeutique, palliative ou cérémonielle autorisée, aucune exemption de réduction des risques, et aucun processus politique en cours pour faire évoluer cela. Ce classement ne reflète ni l'état de la science actuelle ni les données dont nous disposons aujourd'hui : il découle d'une décision politique prise il y a des décennies, jamais sérieusement réexaminée depuis.

Les conséquences pratiques sont réelles et inégales. Les personnes qui cherchent à se soigner partent aux Pays-Bas, en Espagne ou au Portugal parce qu'aucune option sûre et légale n'existe chez nous. Celles qui en ont les moyens partent à l'étranger. Celles qui ne le peuvent pas se débrouillent seules dans des cadres clandestins, sans préparation, sans accompagnement et sans recours en cas de problème. La loi n'empêche pas l'accès — elle le rend plus dangereux et plus coûteux.

Pendant ce temps, le paysage légal autour de nous évolue. La recherche clinique sur la thérapie assistée par psilocybine, le MDMA pour le trauma et les approches apparentées avance rapidement — publiée dans les grandes revues médicales, financée par des institutions sérieuses, et prise au sérieux par les psychiatres et les neurologues. La Suisse autorise un accès compassionnel pour la détresse de fin de vie. L'Australie autorise désormais des psychiatres habilité·es à prescrire MDMA et psilocybine pour des pathologies spécifiques. Le Royaume-Uni a approuvé des essais cliniques. Aux États-Unis, plusieurs villes et deux États ont entièrement supprimé les sanctions pénales.

Les chercheur·ses français·es prennent part à cette conversation internationale. Les publications dans les revues cliniques françaises s'intéressent de plus en plus aux preuves sur la thérapie assistée par psilocybine, en particulier pour la dépression résistante aux traitements et l'anxiété de fin de vie. La science avance. La politique non. Nous pensons que les citoyen·nes français·es méritent mieux qu'un silence sur cette question.

Notre position

Cinq positions que nous sommes prêt·es à défendre

01

La dépénalisation est le point de départ, pas l'objectif final

Lever les sanctions pénales contre la possession, la culture et l'usage personnels des plantes et champignons enthéogènes est le plancher, pas le plafond. C'est le minimum requis pour que les personnes puissent s'engager avec ces substances en sécurité, en honnêteté et sans peur. Sur cette base, d'autres cadres — thérapeutiques, cérémoniels, éducatifs — peuvent être bâtis. Mais la dépénalisation doit venir d'abord, et elle doit s'appliquer à tout le monde, pas seulement aux personnes inscrites dans un essai clinique.

02

Des cadres régulés sont possibles et nécessaires

Dépénaliser ne signifie pas absence de structure. La France dispose des institutions, des chercheur·ses et de l'expertise clinique nécessaires pour développer de véritables voies d'accès — pour l'usage thérapeutique, les soins palliatifs, les contextes cérémoniels supervisés. D'autres pays le font déjà. Nous soutenons la création de ces cadres, à condition qu'ils restent accessibles et qu'ils ne soient pas captés par des intérêts pharmaceutiques ou commerciaux.

03

Honorer les origines, résister à l'extraction

Beaucoup des substances au cœur de ce débat viennent de traditions vivantes — mazatèque, amazonienne, bwiti — qui ont porté ces savoirs avec soin et responsabilité depuis des générations. Tout cadre français honnête doit reconnaître cette dette, résister à la tentation de rebrander des pratiques anciennes en innovations, et s'opposer activement à la marchandisation ou au brevetage d'organismes naturels.

04

Les personnes les plus touchées par la prohibition doivent en bénéficier en premier

Les lois sur les drogues en France, comme ailleurs, frappent le plus durement les plus vulnérables. Une réforme qui crée un accès légal pour les informé·es et les aisé·es tandis que les poursuites continuent pour tous les autres n'est pas une réforme à défendre. Nous plaidons pour un modèle bâti sur une véritable équité — dans l'accès, dans la protection légale, et dans qui prend part à la conversation.

05

Les preuves méritent d'être entendues sans emballement

Le dossier en faveur du changement est assez solide pour être présenté honnêtement. Ces substances comportent des risques réels dans certains contextes et pour certaines personnes. Une position de plaidoyer sérieuse le reconnaît, soutient une recherche rigoureuse et appelle à une politique proportionnée et fondée sur les preuves — ni libre accès, ni prohibition continue.

S'engager

La politique change quand les citoyen·nes rendent l'inaction impossible

Le changement législatif en France ne viendra pas d'une seule association ni d'une seule pétition. Il viendra d'une coalition large, visible, crédible — chercheur·ses, clinicien·nes, patient·es, familles, professionnel·les du droit, et citoyen·nes ordinaires prêt·es à dire, publiquement, que la situation actuelle n'est pas acceptable.

  • Rester informé·eLaissez-nous votre email pour recevoir les mises à jour réglementaires, les lectures recommandées et les appels à l'action. Pas de fréquence fixe — uniquement quand il y a quelque chose à partager.
  • Partager votre expérienceSi vous avez une expérience vécue du travail enthéogène — comme participant·e, facilitateur·rice, clinicien·ne ou proche — votre récit compte dans les conversations politiques. Nous recueillons les témoignages avec soin et confidentialité.
  • En parlerLa stigmatisation est l'une des choses qui maintient cette question invisible. Plus les personnes en parlent clairement et sans honte, plus il devient difficile pour les législateur·rices de détourner le regard.
  • Travailler avec nousSi vous êtes chercheur·se, clinicien·ne, juriste, journaliste ou élu·e travaillant sur des questions connexes, nous voulons échanger avec vous.

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